De Taille et d'Estoc :: Histoires d'ailleurs
 
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pascal21
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MessagePosté le: 08/01/2010 17:22:23    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Le plan des Grecs et la bataille.

Le plan d’action des Grecs est simple : affronter l’armée perse sur un terrain qui réduira le plus possible le désavantage dû à l’énorme différence d’effectifs. Ils choisissent donc de bloquer cette dernière dans le passage des Thermopyles, étroit chemin entre la montagne et la mer (voir les images plus haut).
Mais pourquoi les Perses allaient passer par là alors même qu’ils devaient savoir que l’armée grecque les y attendaient ? En fait, les Thermopyles étaient un passage obligé pour rester en contact avec la flotte, qui était aussi (très certainement) le principal moyen de ravitaillement de l’armée perse. Les ressources de la Grèce sont pauvres et il a été montré qu’elles ne peuvent pas fournir une alimentation suffisante à une armée aussi vaste.

Xerxès engage aussitôt ses forces qui subissent de lourdes pertes et sont maintes fois repoussées. Il engage également ses célèbres Immortels, qui n’ont pas plus de succès. Au même moment, il ordonne à sa flotte de contourner les forces grecques, de débarquer pour les prendre à revers (cette tactique, qui avait déjà été employée à Marathon, consiste à fixer les forces ennemis pour porter son attaque dans son dos). La flotte grecque semble bien incapable de s’opposer victorieusement à une force trois à quatre fois supérieure en nombre.
Mais tout comme son père Darius, Xerxès manque de chance. Une grosse tempête touche sa flotte vers le cap Artémision, où elle subit de lourdes pertes. La flotte perse reste bien plus puissante que la flotte grecque, mais elle a été certainement assez désorganisée. Et finalement, la flotte grecque parvient à la bloquer.

Xerxès découvre alors un chemin de montagne qui permet de contourner les forces grecques. L’histoire parle d’un traître grec, Ephialtès de Malia, qui aurait révélé l’existence de ce chemin à l’empereur perse.
Mais l’existence d’un traître n’est nullement nécessaire pour expliquer la découverte de ce passage. D’une part, de nombreuses cités grecques de la région, « abandonnées » par la coalition, sont déjà soumises à l’empire perse. Leurs habitants connaissaient sans doute l’existence de ce passage. Il était facilement de leur extorquer ce renseignement de bien des façons. De plus, dans toutes les villes de Grèce, il existait des partis pro-perses, qui étaient donc enclins à livrer ce genre de secret. Enfin, il est assez probable que Xerxès et ses généraux se voyant bloqués, aient cherché une solution par leurs propres moyens. Un chemin de montagne n’est pas forcément très difficile à découvrir pour des éclaireurs, par exemple.

Xerxès envoie donc des troupes par ce chemin, dont ses fameux Immortels.
Averti par ses « sentinelles » - les Grecs connaissaient eux aussi le chemin - Léonidas décide de renvoyer la plupart de ses troupes pour pouvoir bloquer les Perses dans l’Isthme de Corinthe, qui sera fortifié. Il ne garde avec lui que quelques volontaires, c’est-à-dire trois cents hoplites spartiates, au moins deux fois plus de Thespiens, et sans doute autant de Thébains. Il existe deux versions de l’histoire concernant les Thébains : la première dit qu’ils étaient volontaires et sont morts aux côtés des autres Grecs avec Léonidas. La seconde dit qu’ils étaient en fait des otages garantissant que Thèbes n’irait pas rejoindre le camp perse. A la première occasion, ces hoplites thébains auraient déserté et se seraient rendus. Les deux versions se valent, car même si Thèbes se rend sans combattre après la défaite des Thermopyles et qu’elle aura longtemps après cette affaire mauvaise réputation à cause de son manque de pugnacité envers les Perses, il reste assez probable qu’environ trois cents de ses citoyens puissent avoir librement choisi le parti grec.

Léonidas garde donc avec lui une force de mille deux cents à mille trois cents hoplites, auxquels il faut sans doute rajouter au minimum les hilotes qui accompagnaient ordinairement les armées de Sparte.
Alors, pourquoi ces hilotes ? Et pourquoi Léonidas ne les aurait pas renvoyés pour aller fortifier l’Isthme de Corinthe ?
Les Spartiates sont en nombre assez réduit, et il leur est donc nécessaire d’incorporer dans leur armée les hilotes (esclaves agricoles pour la plupart) et des perièques (habitants libres de cités soumises à Sparte). Sparte vivait dans la crainte d’une révolte des hilotes, et il est donc improbable que l’armée de Léonidas n’en ait pas comporté. En effet, les emmener à la guerre constituait un excellent moyen d’en contrôler le nombre, de les « occuper » et de couper des leurs ceux qui étaient le plus à même de mener des révoltes. Il serait naturellement étrange que Léonidas ait choisi de ne renvoyer que les hilotes de son armée.

Il existe à ce moment encore une fois plusieurs versions.
La première nous dit que Léonidas attaqua le camp perse avec un certain succès avant de se retrancher et, pour finir, d’être exterminé avec son armée.
Cette version me semble hautement improbable. L’armée grecque de Léonidas ne comportait plus assez d’hommes pour se permettre une bataille sur une zone plus vaste, elle aurait été rapidement attaquée sur ses flancs et donc anéantie. L’infanterie légère (certainement présente) n’aurait pas pu ralentir longtemps un flux peut-être dix fois supérieur.
De plus, c’était précipiter la défaite alors que le but premier de Léonidas était de ralentir le plus possible les Perses.

Deux autres versions existent, qui ne diffèrent que très peu l’une de l’autre.
La première nous dit que les Grecs se défendirent et se replièrent sur une colline. Le contournement n’avait pas eu l’effet foudroyant escompté (il n’aurait pu l’avoir que si les Perses l’avaient utilisé par surprise). Un simple chemin de montagne ne permet sans doute pas de passer un grand nombre d’hommes en peu de temps. Par la suite, les Grecs finissent par tomber d’épuisement et sont exterminés.
La seconde version nous dit que Léonidas serait tombé assez tôt dans cette bataille, avant que les Grecs ne se replient sur la colline. Perdant du terrain, ils auraient redoublé d’ardeur pour récupérer le corps du général mort, auraient mis en déroute une fois de plus les Perses, et se seraient alors repliés. Acculés, sans commandement, ils sont morts jusqu’au dernier.
Dans tous les cas, ils ont tenus suffisamment longtemps pour permettre à l’armée grecque de se replier sur l’Isthme de Corinthe. La flotte grecque, elle, se replie sur Salamine, pour protéger le flanc de l’infanterie.

Cette dernière version semble assez plausible, et même « séduisante ». La résistance de Léonidas n’était peut-être pas un « suicide » (ce qui n’enlève rien au courage qu’il a fallu pour prendre cette décision et la suivre). La tentative de contournement lui avait peut-être montré la faiblesse de sa position (la flotte grecque aurait-elle pu repousser plusieurs tentatives ?). La force d’hoplite que Léonidas avait conservée était encore suffisante pour tenir les Thermopyles plusieurs jours, avant que la fatigue et les blessures ne viennent à bout de leurs forces. Ce qui leur aurait laissé le temps de se replier. Il semble peu vraisemblable que l’immense armée perse se soit lancée à leur poursuite alors que le passage par les Thermopyles auraient certainement demandé un certain temps
Mais la mort de Léonidas au combat laissait une troupe sans commandement (il faut rappeler que les soldats grecs ne sont pas des professionnels : la défense de la cité est le devoir et l’honneur du citoyen).
De plus, la mort du général dans la bataille est assez courante dans l’histoire grecque. En effet, le général combattait traditionnellement au premier rang, à la droite de la ligne (avec les « troupes d’élites »). Il était donc particulièrement exposé et l’adversaire sait parfaitement où le trouver.

La bataille des Thermopyles se termina donc sur une défaite, qui cependant eut le mérite de « cristalliser » la résistance grecque à travers son esprit de sacrifice. Elle ouvrit donc la voie aux victoires éclatantes de Salamine, de Platée, du Cap Mycale, qui allaient libérer la Grèce continentale de la menace perse.
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MessagePosté le: 08/01/2010 17:22:23    Sujet du message: Publicité

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pascal21
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MessagePosté le: 08/01/2010 17:23:42    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Pourquoi une armée grecque si petite parvient-elle a tenir en échec si longtemps une armée perse si vaste ?

Pour le comprendre, il faut détailler (un minimum) le soldat perse et le hoplite grec.

Il n’y a pas de modèle pour définir le soldat perse. Comme nous l’avons déjà vu, l’armée de Xerxès comprenait des troupes venues des quatre coins de son immense empire. Chacune de ces troupes conservait son armement et sa façon de combattre. Pour ce que nous savons, la plupart étaient des troupes légères, tant pour l’infanterie que pour la cavalerie. Sa troupe d’élite (le terme est un peu inexact, il s’agit plutôt de sa garde personnelle), les Immortels, a été décrite par plusieurs auteurs grecs, dont Xénophon quelque cent ans plus tard.
Le véritablement nom qui leur est donné par les auteurs grecs est Mélophores, ce qui signifie « Porteurs de pomme », tout simplement parce qu’ils étaient armés d’une courte lance dont l’extrémité opposée à la point présentait une pomme (ou une grenade) en métal. Ces Mélophores sont richement vêtus (leurs vêtements sont de couleurs vives) et parés de bijoux précieux. On peut les reconnaître sans trop se tromper dans les soldats ornant le palais de Darius 1er à Suse. Ils n’ont donc rien à voir avec des ninjas aux masques grimaçants.
On surnomme cette troupe « Immortels » tout simplement parce que dès qu’un de ses membres fait défaut (maladie ou mort, etc…), il est immédiatement remplacé, pour que la troupe compte toujours le même nombre d’hommes. C’est donc la troupe qui est immortelle, et non les hommes qui la composent. La pomme en est certainement le symbole explicite (la pomme est dans beaucoup de culture antique un symbole d’immortalité – on peut le mettre en relation avec les pommes d’or du jardin des Hespérides).
Ces Mélophores sont la garde personnelle de l’empereur, et à ce titre, le suivent partout dans ses déplacements. Ils ne sont pas pour autant une troupe d’infanterie lourde. Ils portent une courte lance, et un bouclier (comme le reste de l’armée perse, pour ceux qui en ont) que les auteurs grecs qualifiaient de « en osier », c’est-à-dire certainement très peu résistant.

Au contraire, le hoplite grec est un soldat d’infanterie lourde, conçu pour supporter un engagement frontal brutal. Il est absolument indissociable de la phalange.
« Hoplite » signifiait « porteur d’arme(s) », et non pas comme on le croit souvent « porteur de bouclier ».
« Hoplon » signifiait à la base « arme », et principalement une arme offensive, épée, lance ou même flèche. Hérodote, et les auteurs attiques, l’utilisait également pour les armes défensives (bouclier, cuirasse, casque, etc…) et son sens devint plutôt « arme lourde ».
Le hoplite portait ainsi le lourd bouclier (Aspis), de près d’un mètre de diamètre, qui couvre du genou à l’épaule – il est fait de plusieurs couches de bois et recouvert de cuir ; une cuirasse de bronze (ou de lin pour les moins riches) qui peut avoir plusieurs formes et peut même protéger le dos ; des cnémides de bronze (et certainement de cuir pour les moins riches) faites sur mesure, et qui enveloppaient souvent toute la jambe, devant et derrière ; un casque de bronze avec des protège-joues et un protège-nez (dont le fameux modèle corinthien) qui offre une excellente protection, mais laisse des champs visuels et auditifs minuscules, et impose donc la formation en phalange – ces casques sont souvent bien plus évasés sur l’avant qu’on ne les montre, ce qui leur conférait sans doute un bonne capacité de déviation ; la lourde lance, « dory » (qui se dit doru), d’une taille d’environ deux mètres cinquante, possédant une pointe de fer en forme de feuille, et à l’autre extrémité une pointe de bronze à base carrée (un peu comme un gros poinçon) qui devait servir à ficher la lance dans le sol quand on ne combattait pas, et sans doute aussi de pointe de rechange si la lance venait à se briser dans un engagement ; et pour finir, le « xiphos » (ce qui signifie « épée courte », ou « poignard »), petite épée d’une soixantaine de centimètres faite d’un seul tenant, qui n’est utilisée qu’en dernier recours.
En formation serrée, le bouclier de chaque soldat devait certainement recouvrir une partie du bouclier de son ailier de gauche (ce qui correspondrait assez bien au glissement sur la droite décrit), pour ainsi former un véritable mur.

Le hoplite grec, véritable soldat blindé, est réputé pour sa valeur militaire, et de nombreux mercenaires ont été utilisés par d’autres civilisations contemporaines, de l’Egypte à la Perse.
Le hoplite spartiate n’est en rien différent des hoplites des autres cités. L’invincibilité de l’armée spartiate n’est qu’un mythe. Elle a eu, durant la guerre du Péloponnèse, une supériorité sur l’armée athénienne, qui peut être contestée, et qui tient certainement plus, d’après ce que nous pouvons en déduire des écrits anciens, à l’obéissance de ses hommes qu’à leur force.

Dernier point à éclaircir, le statut du Roi à Sparte. Le Roi spartiate n’est pas un monarque à la façon du Roi perse, ni même des nôtres durant le moyen-âge. Il n’a que peu de pouvoir politique ou religieux. Sparte possède deux Rois, qu’il faudrait assimiler la plupart du temps à des généraux. Le pouvoir politique est aux mains des Gérontes et des Ephores. Suivant les périodes, les Rois ont pu gagner plus de pouvoir que leur statut ne leur en donnait, mais jamais assez pour soutenir la comparaison avec le modèle perse. La mort de Léonidas n’a jamais été pleurée ni n’a provoquée l’abattement des foules.

En conclusion, je dirai que la bataille des Thermopyles ne reflète pas la puissance militaire de Sparte, pas plus que la valeur individuelle des Spartiates en tant que soldats, comme on nous l’apprend généralement. Elle révèle par contre l’extraordinaire emprise du modèle social de Sparte (qui n’est qu’un mythe) sur la conscience des peuples grecs, sur leur imaginaire.
En effet, il semble assez évident que ce « sacrifice » n’ait pas beaucoup affecté Xerxès ni son armée, mais bien le moral de ces peuples grecs sous la menace perse.
Sur le plan strictement militaire, le plan grec n’est pas une aberration, ni même un suicide. La nature même de l’équipement des soldats et la façon d’envisager la bataille donne une écrasante supériorité au modèle grec. Presque cent ans plus tard, durant la « Marche des Dix-Mille », raconté par Xénophon dans son Anabase, on voit le Grand Roi (alors Artaxerxès, fils de Xerxès) refuser la bataille ouverte contre les mercenaires grecs, au nombre d’environ quatorze mille (un peu moins de douze mille hoplites, et un peu plus de deux mille peltastes, archers et gymnètes). Les forces perses sont alors estimées à cent vingt myriades, soit plus de cent vingt mille hommes. Même si ce chiffre doit certainement être revu à la baisse, il montre bien que les forces perses hésitent à aller chercher l’affrontement direct avec une armée grecque, même en très grande supériorité numérique, et même en rase campagne.

Attention donc au film 300, qui est autant historique que ce fleuron du cinéma qu’est Lancelot, rappelez-vous, avec Richard Geere (je ne suis pas sûr du tout de l’orthographe, mais je ne vais pas chercher non plus^^). Le film Troie me semble meilleur, même s’il comporte lui aussi de nombreuse erreur, donc la principale est quand même d’avoir fait Ménélas Roi de Sparte avant d’épouser Hélène. Mais c’est une autre histoire…

Et pour finir, un très grand merci aux courageux qui m’ont lu jusque-là. J'espère n'avoir pas été trop pénible à lire (et j'ai même mis de la couleur pour faire joli!)
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Fabo
Grand Duc d'Occident

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MessagePosté le: 08/01/2010 19:00:30    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Merci Pascal !!!

Je propose que, d'avoir tant parlé, ta soif soit étanchée par l'assoc après la prochaine session !


Ah, les guerres Médiques...des guerres de cotte, comme on disait alors Smile


Merci pour ce bref aperçu, je me doute que tu aurais pu être (et il l'aurait fallu qui sait ?) largement plus logorrhéique.

Une chose au niveau du film d'hommes en slip de cuir : ca n'est pas censé être une fiction historique, juste l'adaptation d'un comic - fort bien faite au demeurant sous cette approche là. Le comic lui-même n'a pas non plus de prétention historique, il ne dérive que de l'esprit fécond mais embrumé de Franck Miller. Or on sait que le thème des Portes Chaudes lui est cher ; il est déjà exposé dans le troisième arc de sa série chef-doeuvre (mais l'oeuvre de Miller en compte beaucoup, certes largement compensés par des bouzes infectes..on peut pas tout avoir tout le temps), intitulé The Big Fat Kill, dans Sin City.

De l'exploitation malheureuse qui a hélas été faite d'un pseudo-message politique opposant l'Orient sauvage à l'Occident démocrate, libertophile et civilisé, il ne faudrait que rire (si seulement..). Car Miller est beaucoup, beaucoup moins con que ca. Lisez le comme si vous étie avant le 11 septembre, vous verrez bien.


Fin de la disgression.


Sur le hoplite combattant et ces autres aspects là, je reviendrai quand j'aurai eu le temps de lire des trucs Smile
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Benj
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MessagePosté le: 08/01/2010 22:07:39    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

*Benj pas fan des pavés en général mais qui a tt lut et a trouvé ça chouette*
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pascal21
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MessagePosté le: 09/01/2010 00:00:42    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Merci beaucoup.
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DoK
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MessagePosté le: 09/01/2010 10:42:18    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Citation:
Une chose au niveau du film d'hommes en slip de cuir : ca n'est pas censé être une fiction historique, juste l'adaptation d'un comic - fort bien faite au demeurant sous cette approche là. Le comic lui-même n'a pas non plus de prétention historique, il ne dérive que de l'esprit fécond mais embrumé de Franck Miller. Or on sait que le thème des Portes Chaudes lui est cher ; il est déjà exposé dans le troisième arc de sa série chef-doeuvre (mais l'oeuvre de Miller en compte beaucoup, certes largement compensés par des bouzes infectes..on peut pas tout avoir tout le temps), intitulé The Big Fat Kill, dans Sin City.


J'allais faire la même remarque à ce sujet, sinon, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt ton paragraphe et t'en remercie.
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Lord of the Dinobots.
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Damien
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MessagePosté le: 09/01/2010 19:07:16    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Merci.

Damien, qui en profite pour vous adreser ses Voeux.
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Shit Happens...
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pascal21
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MessagePosté le: 09/01/2010 20:37:25    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Je ne voulais pas critiquer directement l'histoire de Miller (j'ai pas lu la BD à vrai dire), mais bien le film.
Pour une histoire traitant d'une époque, ou d'un personnage même, d'un lieu, je suis tout à fait d'accord : la création n'est absolument pas tenu de suivre une réalité historique. Mais quand même, la base de 300 est si précise qu'elle laisse forcément une impression de récit historique.
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pierre al
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MessagePosté le: 14/01/2010 09:46:40    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Perso, 300 (le film) m'a laissé le gout de la propagande grecque dans la bouche. Un auteur antique n'aurait pas fait plus pompier.
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pascal21
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MessagePosté le: 14/01/2010 12:34:44    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Plus encore même que les auteurs anciens, puisqu'on y trouve pêle-mêle l'occident contre l'orient (qui n'existait pas à l'époque), la beauté contre la laideur, la droiture contre la déviance, etc...
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pierre al
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MessagePosté le: 14/01/2010 13:19:21    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Pour l'opposition avec l'orient, j'ai quand même de beaux souvenirs datant de mes premières années d'histoire sur le discours grec à propos de l'orient féminisé, décadent et mercantile.

Quand je parle de propagande, ce n'est pas tant dans les outils utilisé que dans le fond exposé: la résistance face à l'envahisseur d'ailleurs.

Tiens, d'ailleurs, on parle pas assez souvent des auxiliaires grecs dans l'armée perse.
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pascal21
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MessagePosté le: 14/01/2010 14:19:27    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Ca ne transparait pas dans tous les textes. Il y avait beaucoup de grecs qui s'exilaient dans l'empire perse, à l'image du médecin Ctésias. Le commerce avec l'orient, pas uniquement perse, est pratiqué de longue date déjà au moment des guerres mediques.

Un petit sujet sur les auxiliaires grecs serait effectivement très intéressant. C'est assez vaste, et assez difficile à réduire pour tenir sur un forum. En plus, il faut quand même faire des recherches assez conséquentes.
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pierre al
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MessagePosté le: 14/01/2010 21:01:05    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Citation:
Ca ne transparait pas dans tous les textes. Il y avait beaucoup de grecs qui s'exilaient dans l'empire perse, à l'image du médecin Ctésias. Le commerce avec l'orient, pas uniquement perse, est pratiqué de longue date déjà au moment des guerres mediques.


En effet, mais pour ma défense, la propagande n'a souvent pas grand chose à voir avec la réalité.

Un petit peu de littérature pour egayer, tirée de l'oeuvre du poète moraliste Phocylide.

Quoique petite et juchée sur un promontoire, la cité respectueuse de la loi prend le pas sur Ninive l'insensée.
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Gotmog Amandil
Oblat

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MessagePosté le: 30/01/2010 01:13:10    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Merci pour ce tour d'horizon de la bataille des Thermopyles Smile Ce fut bien fait.
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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:26:15    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

C'est de nouveau l'heure de ma petite logorrhée.

Je la prépare depuis un certain temps maintenant, parce que malgré tout une bonne logorrhée est une logorrhée bien préparée.

Merci d'avance aux très courageux qui me liront jusqu'au bout Smile



La Phalange des hoplites


Les origines de la phalange sont plutôt obscures. On connaît un fragment de bas-relief sumérien qui semble montrer une organisation en phalange ; on en trouve aussi trace dans l’Iliade d’Homère.
Mais la phalange, en tant que système tactique, a besoin d’être le système dominant d’une large partie des troupes engagées dans une bataille, pour que l’on puisse dire que ceux qui commandaient alors connaissaient bien la phalange et en savaient tirer le meilleur profit.

Dans ces termes, on peut dire que la phalange est réellement apparue dans la Grèce archaïque, sans doute au cours des 8ème et 7ème siècles.
La phalange a d’ailleurs participé à une véritable révolution qui amena la Grèce à la civilisation classique.
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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:28:12    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

L’organisation militaire dans la Grèce mycénienne.

La civilisation mycénienne est une civilisation très centralisée qui confie la fonction militaire à une « caste » guerrière, aristocratique, mais bien séparée du pouvoir politique. Elle est commandée par des « chevaliers » (hippeis), et composée d’un assez petit nombre d’hommes.
On dénombre sur les tablettes du palais de Pylos environ 700 hommes en poste pour tout le « royaume », répartis en unités de 50 à 80 hommes en moyenne. Ces unités ne représentent pas uniquement une répartition géographique, mais aussi une différence de nature de soldats, sans que l’on puisse comprendre quelle est la nature de ces différences.
Même s’il est possible, et même probable, que nous n’ayons pas retrouvé toutes les tablettes d’inventaire des unités militaires du palais de Pylos, il semble difficile d’estimer l’effectif de son armée à plus de 1000 soldats.
D’autres tablettes d’inventaires font état des stocks de matériels militaires (épées, lances, cuirasses, casques, boucliers, flèches, chars) qui sont clairement fournis par le palais aux guerriers « professionnels ». C’est bien le palais qui contrôle leur production ainsi que leur distribution.
Le matériel archéologique trouvé nous montre des cuirasses et des casques déjà lourds (surtout pour les hippeis, qui ne sont pas des cavaliers, mais qui combattent depuis un char. Le conducteur du char, sorte d’écuyer, possède les mêmes défenses que le combattant. Il n’a jamais été clairement établi si ces hippeis combattaient depuis le char, ou bien si le char servait à les amener jusqu’aux combat. Cette seconde hypothèse est souvent préférée, très justement), des épées assez longues et fines (dont la lame de bronze est renforcée par un renflement central).

De cette organisation très particulière, on peut déduire deux choses :
- la faiblesse des effectifs laisse penser que la guerre n’était pas forcément très présente. Il est douteux qu’un état, n’entretenant qu’un millier de soldats, puisse s’engager fréquemment dans des guerres, son armée ne lui permettant certainement pas d’obtenir une puissance d’attaque en même temps qu’une défense de son territoire suffisantes. N’oublions pas que les palais mycéniens sont des places très fortifiées pour l’époque, et qu’aucune machine de siège n’existe encore.
- Il est plus que probable que le palais devait avoir la possibilité d’armer « à la va vite » une partie de sa population. Mais cette solution reste sans doute très temporaire, et ne peut suffire à entretenir de grandes guerres, ni même des guerres plus réduites mais plus fréquentes.
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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:29:37    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Les âges sombres / le moyen-âge grec.

C’est la période qui suit directement la civilisation mycénienne. A la « chute » de cette dernière, s’ouvre une période très trouble dont on ne sait pas grand chose. On a même pu lire dans les manuels d’histoire que l’écriture avait été oubliée.

Une petite parenthèse est indispensable, parce qu’on apprend généralement dans tout le cursus scolaire, que la civilisation mycénienne s’est écroulée sous le poids le l’invasion massive des Doriens.
On pense maintenant qu’il s’agit plutôt d’un effondrement économique. Le système, très centralisé, demande, pour l’époque, d’énormes ressources financières.
C’est davantage en accord avec ce que nous montre l’archéologie. Le matériel guerrier de cette époque présente une certaine continuité avec l’époque mycénienne.

L’organisation militaire de cette époque ne peut être esquissée qu’au travers des récits littéraires ou mythologiques. Il est assez probable qu’une bonne partie des informations contenues dans les textes d’Homère, par exemple, ou les récits des fondations des plus importantes cités grecques, est imputable à cette période, plus proche. Le reste de ces informations peut provenir de la période mycénienne, et bien sûr de la période à laquelle les récits ont été créés, pour la plupart la Grèce archaïque.

Ces textes nous parlent tout d’abord de confréries guerrières, telles que les Spartes de Thèbes (les « guerriers semés », nés adultes et armés des dents de dragon semées par Cadmos) ou les Phlégiens d’Orchomène. Ces confréries sont souvent inquiétantes. Leurs membres sortent très souvent du sol, et sont donc enfants de Gaïa (la terre primordiale), et donc frères des Géants (guerriers quasiment invincibles) et des monstres qui ont fait trembler les dieux de l’Olympe eux-mêmes, comme Typhon.
Nous retrouvons les confréries guerrières de l’époque mycénienne. Mais il s’y ajoute un élément : le héros. La confrérie n’est pas le seul maillon de la chaîne guerrière, elle a à sa tête une ou plusieurs personnalités très fortes. Ces héros sont souvent descendants des dieux et des rois. Ils sont puissants ; plusieurs sont invincibles, tels Achille ou Ajax. Ils combattent sous l’emprise de leur « hybris » (comportement excessif, impétuosité), véritable transe guerrière, dont les effets font réellement peur. Ainsi, Achille, après avoir vaincu Hector devant Troie, s’acharne sur son cadavre, le mutile, lui arrache les yeux. Ou encore Tydée, l’un des sept chefs assiégeant Thèbes, alors qu’Athéna lui apporte la potion d’immortalité, dévore le cerveau du soldat qu’il vient de tuer, pensant lui voler sa vie. La déesse le voit et, horrifiée, se détourne de lui. La chute morale est probablement un ajout d’une époque plus tardive, plus « civilisée ».

Il ne faut pourtant pas voir en eux des barbares (au sens moderne) considérés par leurs concitoyens comme sanguinaires. Achille, dans l’Iliade, est bien décrit comme le modèle de tout guerrier, une sorte d’idéal chevaleresque, malgré sa terrible façon de se battre et même sa désobéissance flagrante à Agamemnon.
Homère nous montre alors que les clans guerriers se permettent de remettre en question l’autorité du roi sans que cela paraisse anormal ou déplacé, et par là même, interfèrent avec le monde politique.
Les rois ne sont plus, eux non plus, séparés du monde de la guerre. Agamemnon, Ménélas ou Ulysse sont décrits comme des rois guerriers.

On peut raisonnablement penser que c’est l’affaiblissement du pouvoir du roi mycénien qui a permis à ces castes guerrières de s’introduire dans le monde politique.
C’est à mon avis à cette période que la guerre devient plus présente, du fait de l’intrusion de ces castes dans la gestion des états.
Et par là même, on peut penser que ces castes guerrières ne sont plus suffisantes pour « alimenter » les conflits.


C’est dans ce contexte qu’apparaît la phalange des hoplites.

Il faut déjà rappeler que la phalange n’est pas forcément constituée de hoplites. Il existera plus tard d’autres types de phalanges.


Dernière édition par pascal21 le 21/07/2010 20:32:23; édité 1 fois
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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:31:50    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Le hoplite est un fantassin « blindé ». Son équipement est composé d’un casque lourd, d’une cuirasse couvrant la poitrine et le dos, de jambières appelées cnémides, d’un grand bouclier d’un mètre de diamètre environ, d’une épée courte, et d’une lance de deux mètres cinquante.
Les hoplites doivent fournir leur équipement, et ils représentent donc une classe sociale aisée.

Cette classe sociale, par le biais de la défense de sa patrie, accède à la vie politique, et en dépouille le roi et l’aristocratie guerrière.
C’est la caractéristique principale de cette époque : avec la naissance de la phalange et son développement, naît et se développe la « polis », la cité grecque (qui est à la fois une unité géographique – les cités sont indépendantes – et politique, parce qu’elles vont permettre la naissance de nouveaux systèmes, l’oligarchie et la démocratie). Sans qu’il soit possible de dire avec précision si la phalange a permis la naissance de la polis, ou si c’est l’inverse.
La Grèce se prépare à entrer dans l’âge classique.

La phalange est indissociable d’un « système » militaire nouveau, qui apparaît comme le contraire de ce que la littérature nous laisse entrevoir pour les périodes précédentes.
L’idéal du hoplite n’est pas de laisser libre cours à son « hybris », mais bien plutôt de toujours faire figure d’être civilisé, même au plus fort de la mêlée.
La forme que prennent les conflits est empreinte de cette nouvelle conception : avant l’affrontement, on choisit et délimite une zone de combat. La bataille ne se poursuivra pas au-delà de cette zone, garantissant ainsi le « civil » contre l’intrusion du guerrier.
Par véritable contrat, l’armée qui sera chassée ou poussée hors du terrain sera vaincue (et acceptera sa défaite), et sa cité se soumettra au vainqueur. Par le même contrat, le vainqueur s’engage à ne pas avoir des exigences excessives (la restriction la plus courante est de ne pas déporter les habitants de la cité vaincue comme esclaves). Les termes de ces contrats doivent être respectés par les deux parties. Tout manquement à ces conventions sont passibles de la réprobation du reste du monde grec, voire de l’intervention d’une tierce cité et même d’une coalition de cités.
Même si des exemples du non respect de ces conventions existent, il semble que le poids de la communauté grecque ait joué un grand rôle jusqu’à la fin du Vème siècle (la fin de la guerre du Péloponnèse).
Ces guerres, que l’on peut presque dire ritualisées, ont lieu uniquement pendant l’été (qui devient une véritable saison de la guerre), pour deux raisons principales :
- pour gêner le moins possible le travail de l’agriculteur (qui est aussi un hoplite),
- pour peser sur une cité qui refuserait la bataille en ravageant ses récoltes (mais là encore, une forme de retenue est assez claire : pour affamer une cité, il faudrait aussi empêcher le travail d’agriculture pour l’année suivante).
Les protagonistes de ces batailles sont presque exclusivement des hoplites. Il n’y a que très rarement des gymnètes, soldats équipés à la légère (fournis par les classes les moins riches), comme les archers ou les frondeurs.

La phalange des hoplites fait donc entrer la guerre dans un « cadre légal », normalisé, dont on connaît la portée.
Et si un tel corpus « légal » a été créé pour encadrer la guerre, c’est parce qu’elle est devenue très présente (on pourrait dire omniprésente) dans la civilisation grecque.
Au travers de la littérature, on comprend qu’elle se définit comme l’extension à la cité de l’esprit de compétition qui règne entre les individus. La linguistique montre même que l’état de guerre est perçu comme l’état normal de la cité, ponctué par des pauses, la paix, elle-même état extraordinaire.

Cependant, ces règles, qui tentent de donner à la guerre un caractère « bon enfant », ne régissent que les guerres au sein du monde grec. Les guerres avec des états barbares présentent une toute autre réalité. Il n’est plus question d’autant de retenue. Pourtant, les armée grecque semblent toujours assez peu versée dans l’utilisation de troupes légères ou de cavalerie (à l’exemple de la bataille de Marathon).

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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:33:53    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

L’organisation de la phalange des hoplites.

Elle va prendre sa forme aboutie au cours du Vème siècle av . J.C.
Elle présente alors (c’est parfois déjà le cas au VIIème siècle) 4 ou 8 rangs d’hoplites suivant les nécessités et les contraintes de la bataille.
Nécessairement, une phalange doit s’étendre sur la plus grande partie, sinon toute la ligne de front. Sans quoi elle risque d’être prise de flanc et, au mieux, de perdre une grande partie de son efficacité, au pire, d’être rapidement anéantie.
Il est donc préférable d’alléger le nombre de ses rangs pour l’étendre le plus possible.
Quand elle se complète avec des troupes légères, celles-ci sont positionnées sur les flancs pour justement empêcher un débordement. L’autre fonction probable que doivent remplir les troupes légères, c’est de retarder l’avance des troupes adverses pour permettre aux hoplites de s’équiper.

La phalange est commandée par un général, dont le titre exact varie selon les cités et les époques (c’est l’un des deux Rois à Spartes, un stratège pour l’Athènes démocratique). Ce général prend une part active à la bataille et combat au premier rang, à la droite de la phalange, avec la troupe d’élite.
Pour faciliter le commandement d’une troupe qui peut prendre des proportions considérables (environ 10.000 hoplites à Marathon), la phalange est organisée en subdivisons.

Je vais prendre deux exemples :

La phalange athénienne :
Elle comporte théoriquement 10000 hoplites (ce chiffre diffère selon les sources, entre 8000 et 13000), qui sont répartis en 10 « Taxis » de 1000 hommes environ (entre 800 et 1300) ; chaque « Taxis » est divisée en 10 « Lokhos » de 100 hommes. Chaque niveau de subdivision est commandé par un « officier », le « Taxiarkhos » pour la Taxis, et le « Lokhagos » pour le Lokhos ».
Certaines sources font état d’un grand « Lokhos » intermédiaire de 430 hoplites.

La phalange spartiate :
Les deux principales sources, Thucydide et Xénophon, comportent quelques différences mineures sur le nombre de hoplites constituant l’armée ainsi que sur un échelon intermédiaire.
Je ne vais prendre en exemple que la description de Xénophon, qui pourrait être la plus exacte, parce que la mieux renseignée.
L’armée comporte 3456 hoplites, qui se répartissent en 6 « Mora » de 576 hommes. Chaque « Mora » est composée de 4 « Lokhos » de 144 hommes, elle-même composée de 2 « Pèntékostus » de 72 hommes. Enfin, chaque « Pèntékostus » est divisée en 2 « Enomotia » de 36 hommes.
Chez Thucydide, la « Mora » n’existe pas.

L’échelon « Lokhos », qui se retrouve dans l’une et l’autre organisation, semble être assez important. Dans l’Anabase, c’est la seule subdivision de cette armée de mercenaires que mentionne Xénophon.

Alors que dans l’armée spartiate, le Roi-général est un commandant tout-puissant, qui a le droit de vie et de mort sur ses soldats, dans l’armée athénienne, l’assemblée des soldats, convoquée par celle des lochages (les commandants des « lokhos »), peut prendre la décision de révoquer le ou les stratèges nommés par la cité. Les stratèges doivent donc pouvoir expliquer leur stratégie et convaincre du bien fondé de leur action. La phalange se présente donc comme une réplique en miniature de l’Etat athénien.
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pascal21
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MessagePosté le: 21/07/2010 20:35:33    Sujet du message: Histoires d'ailleurs Répondre en citant

Fonctionnement de la phalange des hoplites.

Contrairement à l’idée commune, la phalange est un modèle de combat dynamique, et non statique. C’est-à-dire que la phalange va chercher le contact avec la force ennemie, et non pas attendre pour le subir.

Les différentes phases.

Les éventuelles troupes légères harcèlent les troupes ennemies pendant que la phalange se met en ligne.

Dans sa description de la bataille de Cunaxa, Xénophon nous montre les troupes grecques chanter le péan, puis frapper leurs lances sur leurs boucliers. On pense raisonnablement qu’il s’agit à cette époque d’une coutume largement répandue, puisque les mercenaires grecs engagés dans cette bataille viennent de toute la Grèce continentale.

La phalange se met en mouvement. Des sources iconographiques montrent des joueurs de flûtes rythmer l’avance des hoplites. Pratique à priori originaire de Sparte, elle a pour but de préserver la cohésion de la ligne pendant la délicate phase du déplacement. C’est cette capacité à conserver cette cohésion qui donne à la phalange ses chances de victoires.

Dans les derniers mètres (ou dizaines de mètres), c’est la charge. Aucune source ne mentionne effectivement cette distance, qui doit certainement être adaptée à chaque bataille, hormis une description de la bataille de Marathon, qui donne une charge sur 1500 mètres. Cette donnée ne peut pas être prise en compte sérieusement, pour des raisons inhérentes à cette bataille, mais aussi pour une raison plus générale : sans compter qu’il doit être extrêmement pénible et difficile de courir plus d’un kilomètre en ordre très serré, en portant un équipement de près de 30 kilos inadapté à la chaleur, il est extrêmement douteux que la cohésion puisse être maintenue pendant un course aussi longue et fatigante.

A ce moment, il existe deux écoles de pensée, d’avis parfaitement contraires.

La première école estime que la charge de la phalange s’arrête juste avant le contact, et qu’elle engage l’armée adverse dans une phase d’escrime. Ce modèle a été établi en s’appuyant sur le constat que les charges de cavalerie étaient bien moins efficaces qu’on se plait à l’imaginer, et qu’il arrive souvent que le cheval s’arrête de lui-même avant le contact, sans doute par crainte de ce contact. L’homme, qui a une meilleure appréciation du danger que le cheval, ne peut qu’imiter cette « attitude ».
D’autre part, les textes anciens qui décrivent les charges aboutissant au contact, sont remis en question, considérant qu’ils présentent une grande exagération, du même ordre que les estimations chiffrées d’Hérodote, par exemple.
Ces deux arguments sont très discutables. Tout d’abord, les écrits qui sont remis en question, comme les poésies de Tyrtée, étaient destinés à être lus par leurs contemporains. S’ils peuvent souffrir d’exagérations, comme on le voit souvent, il est très peu probable qu’ils décrivent des faits complètement hors de la réalité pour des lecteurs qui la connaissent parfaitement.
De plus, il est très probable que les hoplites, dans la formation de la phalange, poussaient les hoplites les précédant au moyen de leurs boucliers. Cette « technique » ne peut prendre place ni pendant la préparation, l’observation et l’intimidation, où elle serait totalement inutile, ni pendant la course, où elle serait aussi inutile (on ne court pas plus vite si on est poussé dans le dos) et dangereuse (il y a un fort risque de chute, et à grande échelle, de perte de cohésion sur la ligne). Le seul moment possible pour qu’une telle « technique » soit employée, c’est après la course, lors du contact avec l’adversaire. Une telle poussée gênerait très fortement une phase d’escrime, la rendant même presque impossible.

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MessagePosté le: 10/12/2016 08:47:14    Sujet du message: Histoires d'ailleurs

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